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[EXPOSITION HORS-LES-MURS AU TNP]
Ce soir, oui tous les soirs
Jean Vilar – Notes de services, TNP 1951 – 1963


C’est par des notes punaisées sur un tableau de service que Jean Vilar partageait avec toute la troupe du TNP ses conseils, ses doutes et ses ordres : consignes de plateau, jeu des acteurs, tenue des ouvreuses, avis des spectateurs, rappels au règlement… à Chaillot, à Avignon, en tournée. L’utopie Vilarienne se révèle dans ces bribes de quotidien avec humour, constance et passion, convoquant les sujets qui animent toujours le théâtre aujourd’hui : ceux d’un art collectif fait pour tous.

L’exposition itinérante Ce soir, oui tous les soirs réunit des notes de services de Jean Vilar, des photographies du TNP à Chaillot et en tournées et des textes de contextualisation et d’accompagnement.

Conçue pour être mobile et modulable, la scénographie se déploie autour d’une grande vitrine verticale. Toute en transparence, elle expose des notes de service issues des archives de la Maison Jean Vilar, dans leur deux formes, soit manuscrites par Jean Vilar, soit dactylographiées par les secrétaires du TNP afin d’être apposées au tableau de service dans les couloirs de Chaillot et en tournée.
Posées comme des éléments de décors en montage, caisses/cimaises et chariots portent les textes et de très grandes photographies de la vie en coulisses du TNP.

La diffusion de l’enregistrement d’une sélection de 60 notes de services accompagne les visiteurs. Réalisée par 10 jeunes comédiennes et comédiens des Jeunes Talents de l’ADAMI, sous la direction artistique de Robin Renucci, cette bande sonore immerge encore davantage les visiteurs dans l’intimité de la vie du théâtre et la conjugue au présent.

Cette exposition produite par l’Association Jean Vilar est présentée pour la première fois au Théâtre National Populaire à Villeurbanne, également co-producteur de l’exposition.

L’exposition est actuellement en attente d’ouverture en fonction des mesures gouvernementales.

Du mardi au vendredi de 14h à 19h
Le samedi de 15h à 19h
Le dimanche si représentation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En coulisse, Jean Vilar et Monique Chaumette devant le tableau de service, Le Prince de Hombourg – tournée TNP 1954 – Photo TNP © Association Jean Vilar

Note de service de Jean Vilar © Association Jean Vilar

Ce soir, oui tous les soirs

par Jean-Pierre Moulères

Nous devons, si possible, faire autre….

Jean Vilar, le 10 mai 1954

Cela parle des soirs. De ce soir comme tous les soirs, de ce soir comme aucun autre soir.
Cela parle des jours. De l’incertitude et de la joie de celui qui est, de celui qui vient.
Cela parle de l’autre côté du plateau.
Des coulisses, des loges, des cintres, des bureaux de l’administration, des escaliers et des couloirs. Et dans un des couloirs que tout le personnel traverse, accroché au mur, il y a le tableau de service.
Dans les autres théâtres, on y épingle les plannings de répétition, les télégrammes amis, les coupures de presse. Au TNP, le tableau de service, c’est autre chose. D’ailleurs au TNP, presque tout est toujours autre chose. Ici, le tableau de service, c’est l’œil du cyclone, la cheville ouvrière de la grande entreprise de service public. Dès 1944, Jean Vilar, alors directeur de la Compagnie des Sept, utilise ce tableau pour partager ses remarques, ses doutes, ses désirs et exigences.
Dès lors à Avignon, en tournée, à Chaillot jusqu’en 1963, le tableau de service sera l‘éphéméride de l’aventure Vilarienne, le journal de bord d’un homme à son équipe, d’un patron à la troupe. Les pages de ce cahier aux feuillets volants, à la fois légers et implacables, ces petits papiers sans apprêt n’étaient pas destinés à être publiés mais à être lus en passant.

À être lus à voix basse peut-être, avec une certaine appréhension pour en mémoriser le contenu.
Cette exposition tente d’en évoquer l’essence, la vibrante ingéniosité, la permanente exigence. Elle dessine aussi, en filigrane, le portrait d’un homme : Jean Vilar, l’homme qui veille. Intransigeant, précis, soucieux de la bonne tenue de sa troupe.
Les notes exposées, aux supports, aux formats différents, sont souvent dactylographiées sur des fiches standard. Certaines, cependant, ne passent pas par le secrétariat du théâtre. Restées manuscrites, on peut sentir alors le geste, l’humeur du moment, selon que l’écriture est appliquée, presque scolaire ou impulsive, voire désordonnée.
Par ce mode de communication immédiat, Vilar se montre tour à tour, lucide, drôle, prévenant, moral et pragmatique, ayant le souci de tout et de tous. Parfois autoritaire, patriarcal, souvent obsessionnel. Ayant un goût obstiné pour la vie et l’aventure, craignant l’académisme insidieux et les rhumatismes d’interprétation, Jean Vilar endosse tous les rôles. Rien ne lui échappe. De l’usure des corsets à la poussière sous les tapis. Du sourire des ouvreuses aux notes de taxi. De la diction dans les scènes d’amour à la tenue de la troupe à l’étranger. Il s’adresse à tous, tout y passe, tous y passent.
Car tout participe, tout concourt au grand œuvre.
Les notes présentées ici, toutes issues du fonds Jean Vilar, offrent une vision de la richesse de ce genre littéraire élémentaire et immédiat.
On pourrait en tirer un précis sur le jeu des acteurs, prélever des pensées sur les grands auteurs classiques ou des aphorismes sur la culture populaire…
Nous avons choisi de relever quelques incipit – première phrase des notes – quelques excipit – formules de fin – et une liste de questions, quelques-unes parmi tant que Vilar pose, se pose, expose sans parfois attendre de réponse.
Nous avons choisi aussi, de faire entendre la langue de Vilar, la vivacité de son style, la théâtralité de certaines tournures, le souffle puissant de son inspiration par la voix de jeunes comédiens. Que cette entrée par les coulisses, que le murmure des mots nous raconte encore et encore la passion Vilar, passion qui anime toujours le théâtre aujourd’hui : « Le théâtre est une nourriture aussi indispensable à la vie que le pain et le vin… Le théâtre est donc, au premier chef, un service public. Tout comme le gaz, l’eau, l’électricité. » nous rappelle Jean Vilar.

– Jean-Pierre Moulères
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Du 4 janvier au 20 février

Organisateurs

Lieu

Théâtre National Populaire