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1943

La Compagnie des Sept (2/2)

Parmi ceux qui viennent assister au triomphe de la Compagnie des Sept dans La Danse de mort, se trouve Paul Annet-Badel, directeur du théâtre du Vieux-Colombier.

Il invite Jean Vilar à mettre en scène Meurtre dans la cathédrale de T.S. Eliot, dans la traduction d’Henri Fluchère. Vilar y campe également le rôle de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, ami puis adversaire du roi Henri II, qui finit par le faire assassiner.

La critique vante, une fois encore, ses talents de metteur en scène et d’interprète : elle lui décerne à l’unanimité le Prix du Théâtre. Dès le 15 juin 1945, le public est au rendez-vous, et le restera tout au long des 230 représentations que compte le spectacle. Sur fond de chants grégoriens, les chœurs parlés de Jan Doat émeuvent.

Il s’agit également de la première collaboration entre Vilar et le peintre Léon Gischia, qui signe les décors de la pièce. Les deux hommes se sont rencontrés quelques années plus tôt par l’entremise de Paul Flamand, alors directeur de Jeune France. À l’époque, Gischia, qui n’a jamais été féru de théâtre, trouve sa pièce Aimer sans savoir qui mauvaise, et ne se prive pas de le lui dire.

L’histoire aurait pu en rester là, si le destin n’avait pas décidé de remettre les deux hommes sur le même chemin – ou plutôt sur la même ligne de métro, Denfert-Rochereau-Porte d’Orléans -, deux ans plus tard. À cette occasion, Vilar invita Gischia à une représentation d’Orage de Strindberg, au Théâtre de Poche. Le peintre trouva la mise en scène et l’interprétation extraordinaires. Apprenant que Vilar était sur le point de mettre en scène Meurtre dans la cathédrale de T.S. Eliot au Vieux-Colombier, il lui proposa ses services.

Gischia y imagine les colonnes romanes du décor, les tissus rouges et noirs des costumes et les bannières aux couleurs vives de la procession. Surtout, il participe à forger chez Vilar cette conception de la mise en scène se réduisant à l’essentiel, qui constitue l’une des singularités de ses mises en scène.

Mais l’aventure de la Compagnie des Sept s’achève sur deux échecs : Les Voix de Marc Bernard, au Théâtre du Vieux-Colombier en décembre 1945, et Le Bar du crépuscule d’Arthur Koestler, au Théâtre Moncey en septembre-octobre 1946. Vilar y puise néanmoins matière à résilience, comme le montre cette note de service adressée à ses comédiens :

Il fait partie du métier de comédien de défendre des œuvres que le public, lors de la création, accepte difficilement.
Note de la mise en scène, mardi 29 octobre 1946

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